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samedi 17 novembre 2018

Pierre Gastaud

Pierre Gastaud est généreux, amical, direct, parfois colérique. Il appartient ce qu'il souhaite appeler l’Ecole d’Antibes, conçue comme un contre-pied à la trop présente Ecole de Nice. Le Centre International d’Art Contemporain de Carros lui a rendu hommage cet été avec une très belle rétrospective. Lui c’est Pierre Gastaud, un artiste talentueux de 83 ans.

 

Né à Nice, Pierre est vite confronté à la dureté de la vie : il perd son père, chef de chœur à l’Opéra de Nice, à neuf ans, ce qui l’oblige à travailler très jeune. À dix-huit ans, Pierre a déjà exercé de nombreux métiers dont celui de garçon boucher, mais aucun ne l’intéresse réellement. Il se passionne pour une seule chose : le dessin, qu’il pratique tous les jours, y compris lorsqu’il travaille comme un forçat au déchargement du charbon durant la guerre. C’est comme une récompense. 

 

Pierre se forge l’œil seul, et n'entre pas dans une Ecole des Beaux-Arts, mais accepte de se confronter plus tard à de nombreux artistes afin de progresser. Et c’est au sortir de la guerre, que le jeune homme riche d’expériences variées qu’est Pierre se lance définitivement dans la peinture, avide d’exprimer ce qu’il a en lui. La première rencontre marquante est celle d’avec le peintre Maurice Menjisky, qui le guide et le conseille : Il y a trop d’éléments sur vos tableaux sans rapport entre eux, pas d’harmonie dans les couleurs , lui annonce sans ambages Menjisky. En effet, pour Pierre, la vie se compose d’éléments contradictoires, dysharmoniques qu’il retranscrit sur la toile, lui permettant ainsi de faire passer son message : Je cherche à troubler.

 

Grâce à George Tabaraud, journaliste et directeur du journal Le Patriote, Pierre a la possibilité d’y collaborer en réalisant des dessins souvent satiriques sur le monde politique et le monde ouvrier en particulier. Par son intermédiaire, Pierre rencontre les peintres Malaussena, Fillos, Artias, Anjeletti et le plus grand de tous, Picasso. Souvent inviter chez le maître catalan, Pierre garde le souvenir de ne jamais y aller seul : accompagné de quelques amis, il souhaitait leur faire bénéficier des conseils de Picasso sans avoir l’impression de profiter. Il recevra d’ailleurs plus, puisque Picasso lui donne une lettre d’introduction adressée à son ami Roland Penrose pour un futur voyage que doit faire Pierre en Angleterre. Mais un contretemps empêche le jeune peintre de s’y rendre.

 

Qu’importe, Pierre travaille et multiplie les confrontations. Grâce au Docteur Thomas et au peintre Jean Casarini, il participe au prix de la Jeune Peinture Méditerranéenne, et rencontre un collectionneur avisé, tailleur de Pablo Picasso, Michele Sapone. En parallèle avec ses amis peintres, il forme un groupe auquel il est demandé d’organiser une exposition à la Bourse du Travail ainsi que des débats pour une importante manifestation appelée France – Ligurie, réunissant des peintres, des poètes et des écrivains français et italiens.

 

Seconde étape importante pour Pierre : sa rencontre lors de ce rassemblement avec un monsieur de fière allure de « seigneur », Thomas Joseph de Lampedusa, l’auteur d’une biographie familiale rendue célèbre par le film de Luchino Visconti, Le Guépard. Cette amitié si forte est brutalement interrompue par la mort de l’auteur quelques semaines avant la sortie de l’ouvrage.

 

De Nice, Pierre déménage à Antibes, ville qu’il qualifie de ville ouverte et fermée, de silencieuse et bruyante. Le 'bruit' est dû en partie aux réunions que Pierre et ses amis organisent au Café l’Agora, situé sous le marché couvert du vieil Antibes. Se retrouvent ainsi André Verdet, Jacques Prévert, Longobardi, André et Chantal Villers, Arbas et Abidine, Kijno, Paul Revel, Germaine Richier et parfois Picasso venu à Antibes à la demande de Romuald Dor de la Souchère. Les réunions sont quotidiennes, en permanence les idées fusent et les artistes s’opposent parfois violemment, sur leur sujet de prédilection : la peinture abstraite, informelle. À eux tous, ils créent ce qui pourrait être appelé l’Ecole d’Antibes. C’est à cette même époque qu’il rencontre celle qui est sa compagne depuis près de cinquante ans, Elisabeth Adams. Comme lui, Elisabeth a du talent, une forte personnalité forgée auprès de Mac Avoy et du monde artistique du quartier Montparnasse. Comme lui, elle participe aux discussions plus que mouvementées avec Magnelli et Revel par exemple.

 

À cette période, Pierre multiplie les séjours et les expositions en Angleterre, en Irlande, en Suisse, en Italie avant de revenir se ressourcer à Antibes. La cité portuaire lui permet de souffler, de se situer. Mais comme il explique, Pierre avoue que malgré la lumière extérieure, sa peinture est plus sombre, mais aussi plus sobre, et se limite à des masses brunes, noires et blanches. Et jusqu’en 1957, il a la chance de partager son temps entre le Sud et Paris. Grâce à Paul Revel, il occupe avec Elisabeth le sous-sol d’un ancien cinéma nommé le « Renelagh ». Mais les conditions de vie sont déplorables, sa santé est en jeu, ce qui pousse Pierre et sa compagne à quitter ce lieu.

 

Les années qui suivent permettent à Pierre de se confronter à la création française et internationale, et de multiplier les rencontres artistiques et intellectuelles de premier plan comme Albert Ferraud, avec qui il travaillera dans un grand atelier à Bagneux ; avec Paul Revel dont il organisera l'exposition posthume ; d'exposer dans des lieux prestigieux en France et à l'étranger.  Aujourd'hui, Pierre a trouvé la paix dans l'arrière-pays niçois auprès de Liza, alterne les séjours entre la Côte d'Azur et Paris où se trouve son autre atelier et continue les expositions dont la dernière est à Marseille à la Galerie Horizon.

 
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