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17 février 2019
 
 
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  Chimères à Monaco

Chimères, monstres et merveilles, de la mythologie aux biotechnologies, exposition présentée à Monaco explore pour la première fois le mythe de la chimère de l'Antiquité à nos jours, au travers de 90 œuvres allant de la peinture à la sculpture, en passant par la photographie, la vidéo, la gravure…

Monstre hybride à tête de lion, au corps de chèvre, à queue de dragon comme le montre le bronze étrusque du Musée Archéologique de Florence, la chimère nourrit le monde artistique et populaire. Dans la mythologie antique, elle évoque le monde des titans, terrible et violent avant que l'ordre et l'équilibre ne soient instaurés par les dieux de l'Olympe. Fille de Gaïa, la chimère finit vaincue, terrassé par Bellérophon, héros assimilé à l'éclair monté sur le cheval ailé Pégase. 

Cette image de force obscure, de monstre se poursuit au Moyen Age où la chimère jaillit des Enfers, envahissant par la même occasion, les portails et les frontons des Cathédrales. Elle est alors considérée comme une puissance diabolique chargée de faire peur aux fidèles. Peu à peu, elle perd cette image pour se rapprocher de la définition de Littré, une imagination vaine, que l'on a tendance à considérer comme une réalité.

Les temps modernes lui donneront de nouvelles significations. Le symbolisme qui se veut 'idéiste' provoque chez de nombreux peintres comme Odilon Redon ou Gustave Moreau, une nouvelle invasion de la chimère dans la création picturale. La genèse de celle-ci est liée au rêve, moteur de la création chez les symbolistes : elle naît dans le rêve d'une forme visible tout en gardant sa vraisemblance chez Redon. Dès lors, elle est une tête dans un corps d'araignée ou bien un monstre au pied d'un arbre. Chez Moreau, le rêve est généré par une idée supérieure et supraterrestre à laquelle l'imagination peut conférer une forme visible mais pas nécessairement vraisemblable. La chimère de Moreau se rapproche plus d'un assemblage d'éléments qu'il réutilise parfois plusieurs fois pour créer d'autres modèles de chimères.

Au cours du XXe siècle, c'est le surréalisme qui jette son dévolu sur la chimère et l'investit de valeurs émancipatrices, capables de libérer l'esprit de la raison jugée desséchante. Elle est alors le sujet de nombreux cadavres exquis chez les Eluard, Masson, Breton. Plusieurs dessins et peintures montrent que la chimère est un être fascinant permettant toutes les suppositions visuelles comme le fait Victor Brauner dans La Mère des Oiseaux ou La Mère des rêves (1965).

Aujourd'hui encore, l'art contemporain a ses chimères grâce aux nouvelles technologies de l'image, comme le morphing ou la palette graphique. Et à l'heure on pouvait penser que seul l'art se permettait de créer des chimères, on constate que la science également s'invite en créant des êtres hybrides à partir du clonage et de la manipulation génétique. Ce qui n'était qu'imagination puisque les frontières entre réel et imaginaire étaient 'étanches', est devenu une réalité depuis que la science a aboli la séparation entre les deux mondes.

 

On retrouve dès lors le lapin phosphorescent, les cochons clonés aux truffes de différentes couleurs, la brebis Dolly et bien d'autres animaux empaillés présentés dans cette exposition. Ces créations sont-elles saines ? Cette suppression de la frontière amène un nouveau questionnement à la fois scientifique, philosophique et éthique. Dès lors, que devient l'artiste si toutes les créations parfois terribles, issues de son imagination, se réalisent grâce à la science ?

Auteur : Bénédicte LecatDate : 17 Janvier 2004